Thierry Delcroix, directeur adjoint du développement chez Colas, entreprise française de travaux publics, nous livre ici son retour d’expérience quant à l’usage fait de la veille au sein de la filiale du groupe Bouygues, spécialisée dans la construction et l'entretien d'infrastructures de transports (routiers, ferroviaires, aériens), d'aménagements urbains et de loisirs. Créée en 1929, Colas est composée de 54.600 collaborateurs, elle est présente dans une cinquantaine de pays avec un chiffre d’affaires de 12.3 milliards d’euros.

A quel département appartenez-vous chez Colas ?

Je travaille au Campus Scientifique et Technique (CST) qui est le laboratoire de recherche du groupe. Ce laboratoire a trois missions. Tout d’abord une mission R&D axée sur la mise au point de nouveaux produits. Ensuite, une mission de dissémination de notre savoir-faire à l’international adapté aux ressources locales. La France a en effet une très bonne maîtrise de la technique routière. Et, enfin, la troisième mission traitant de l'assistance et de l'expertise en cas de problème.

La veille répond à quel(s) besoin(s) ?

C'est, sans surprise, la partie R&D qui nous a engagés sur cette voie. Il nous fallait en effet être attentif à ce qui se passait partout dans le monde, pas uniquement en France, car les choses bougeaient beaucoup. Nous réalisons, chez Colas, la moitié de notre chiffre d'affaires à l’international. Nous devions donc élargir nos horizons pour répondre aux besoins de nos territoires répartis dans le monde. Partant du principe que nous n’avons pas la science infuse, nous devions capter toutes les bonnes idées, d’où qu’elles viennent.  Cela d’autant plus que, depuis quelques années, Colas a élargi sa palette de services pour répondre aux nouveaux besoins en matière de mobilité. Nos dernières innovations le prouvent. Flowell, notre solution de marquage dynamique au sol, en est le parfait exemple. Nous sommes bien conscients que nous nous éloignons petit à petit de nos métiers de base, à savoir faire des enrobés bitumineux ou des bétons. Il était donc nécessaire de mieux connaître les nouveaux milieux vers lesquels nos regards se tournaient, d’acquérir la compétence, d’identifier les différents acteurs, la concurrence, etc. Tous ces besoins étant un peu diffus, nous avons réalisé qu’il nous manquait un lien vers toutes ces données. Nos recherches se limitaient principalement à Google…

Nous nous éloignons progressivement de nos métiers de base qui consistent à faire des enrobés bitumineux ou des bétons.

 

 Quelle est la finalité première ?

La finalité est de repositionner certaines orientations stratégiques globales ou des points spécifiques selon le domaine. C'est d’identifier les innovations qui pourraient nous intéresser et qui ne sont pas encore dans les radars du groupe. L’objectif est d’avoir un coup d'avance. Nos actions deviennent de plus en plus compliquées dans des métiers de plus en plus pointus, la veille peut permettre aussi d’identifier des partenaires potentiels dans les domaines hors de notre core business. Pour la route solaire, par exemple, qui sortait de notre savoir-faire traditionnel, nous avons travaillé en collaboration avec le CEA qui avait les compétences dans ce domaine.  A titre personnel, J'ai commencé comme client de cette veille. Au CST, nous pilotons un certain nombre de projets de recherche sur différents produits. Mon poste nécessitait de qualifier l’écosystème des projets sur le point d’aboutir pour avoir les idées bien claires sur ce qui se passait autour de nous. Cela au-delà de l’aspect purement technique géré par le chef de projet. Aujourd’hui, cette veille complète les bibliographies disponibles à l’ouverture d’un projet et permet d’élargir nos pensées, nos analyses et de ne pas rester égocentrés. Faire de la veille technologique quand on est chef de projet est primordial. Ne serait-ce que pour voir l’émergence de nouveaux brevets, l’état de la concurrence, etc. J’ajouterais également que cela permet de ne pas se tromper sur une piste potentiellement déjà exploitée ou exploitée plus vite que nous par la concurrence. Rien de pire pour un chef de projet que de découvrir trop tard une information susceptible de remettre totalement en cause ses travaux ! C'est une chose que j'ai déjà éprouvée lorsque je l'étais moi-même.

 

Comment est apparue la nécessité de s’outiller ?

Comme je le disais, nous faisions de la veille, mais d'une façon désordonnée et peu cadrée. Il y a quelques années, on a commencé à se dire qu'il fallait “fiabiliser” cette veille. Cela impliquait d’identifier nos besoins pour faire des recherches plus concrètes. Il est devenu évident qu'il fallait un outil pour faire ça. On s'est engagés sur la piste Sindup qui nous a rapidement permis de cadrer les sujets, de gérer les remontées d'informations et d'intégrer plusieurs besoins différents. Une fois les curateurs et les veilleurs formés, chacun pouvait vivre sa vie sur son sujet.  Une des particularités du groupe c'est, comme déjà évoqué, la diversité de nos activités. Quelqu'un qui travaille sur les bétons n'a pas les mêmes besoins que quelqu'un qui travaille sur le bitume. On a aussi des entités qui font du rail, d'autres de la canalisation. On sent bien que les besoins sont immenses et que chacun travaille sur des données spécifiques. L’outil permet de balayer tous ces sujets, de façon adaptée pour chacun.

Sindup nous a rapidement permis de cadrer les sujets, de gérer les remontées d'informations et d'intégrer plusieurs besoins différents.

Quels ont été les premiers bénéfices ?

La plateforme nous permet entre autres d'accéder aux centres de recherche des universités et de récupérer des thèses indispensables à nos recherches. Ça a élargi les sources potentielles. Nous avons des équipes qui travaillent sur les îlots de chaleur urbains et la veille nous a, par exemple, permis d’identifier des appels d'offres avec des projets dans certaines villes et ainsi de nous positionner. Suite aux engagements des Accord de Paris en 2015, les entreprises définissent des stratégies bas carbone pour améliorer leur empreinte environnementale. Dans ce cadre, les différentes équipes du campus ont également engagé  des veilles sur la thématique du bas carbone. Chacune dans son domaine de compétences.

 

Combien de veilleurs comptez-vous au total ?

Il y avait quatre ou cinq personnes au départ. Nous avons présenté l’outil au groupe et, de fil en aiguille, de bouche à oreille, notamment au travers des actions qu'on fait pour faire découvrir le service, on vise aujourd’hui une cinquantaine de curateurs.  Il y a une personne qui a été dédiée à cette activité depuis deux ans dans notre direction. C'était un véritable investissement. Nous y avons cru et les résultats sont là : le développement actuel nous confirme que nous avions raison !

 

Quelle appétence vis-à-vis d'une veille plus industrialisée et cadrée ?

Il y a une réelle appétence car, dans ce monde où tout va chaque jour plus vite, où la création de start-up se développe, le besoin est juste indispensable. Il reste ensuite à trouver un équilibre entre le temps à y passer, qui peut parfois être long, et le retour, informel, sur investissement. Mais, au regard de la vitesse à laquelle ceci se développe chez nous, ce temps passé est effectivement considéré comme une forme d'investissement. De plus en plus de collaborateurs réalisent que consacrer du temps à la veille aujourd'hui c’est s’assurer d'aller plus vite et plus fort demain. Et ça, c'est vraiment quelque chose qu'on perçoit et qui est vraiment en plein développement. Donc, à ce stade de déploiement et, de fil en aiguille, nos collègues viennent vers nous en disant "votre outil semble intéressant, on voudrait pouvoir s’en servir !",  c’est donc perçu de façon très très positive. Par contre, il faut faire attention à l'effet de mode et nous allons devoir vérifier et mesurer l'efficience de cette veille. Une chose difficile mais nous devons l’engager. La veille est une forme d’acculturation globale et continue. Le risque serait que les collaborateurs n’y recherchent que la pépite. Une start-up détentrice d’une solution providentielle par exemple. Heureusement ce n'est pas la majorité des cas !

 

Passer du temps sur de la veille aujourd'hui permettra d'aller plus vite et plus fort demain.

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