L’intelligence artificielle accélère la production de logiciels, automatise une part croissante du développement et rend accessibles des capacités qui nécessitaient encore récemment des investissements importants. De quoi rebattre les cartes pour les DSI et faire ressurgir une question que la généralisation du SaaS / Cloud semblait avoir tranchée : faut-il louer une solution ou la développer soi-même ?
Entre le BUY, qui permet de bénéficier rapidement d’une solution mais laisse à l’éditeur la maîtrise de sa trajectoire, et le MAKE, qui permet de reprendre la main mais oblige à financer seul le développement, la maintenance et les compétences nécessaires, une troisième voie mérite aujourd’hui d’être explorée. Et si plusieurs organisations pouvaient investir, expérimenter, développer et décider ensemble, tout en conservant chacune une expérience adaptée à ses propres usages ?
C’est ce que nous appellerons ici le MAKE TOGETHER sous l’angle du commun numérique.
De la mutualisation des usages à la mutualisation de la R&D
Le principe n’est finalement pas si éloigné de ce que les organisations pratiquent déjà dans de nombreux domaines. Lorsqu’elles partagent certaines problématiques, pourquoi chacune devrait-elle financer de son côté la recherche d’une solution similaire, maintenir les mêmes briques techniques ou résoudre séparément les mêmes problèmes ?
La mutualisation permet de répartir les coûts, mais aussi de croiser les expériences, les compétences et les cas d’usage. L’enjeu devient alors de disposer d’un cadre permettant à plusieurs acteurs de coopérer dans la durée, tout en préservant leurs intérêts respectifs et leur capacité à développer des usages différenciés.
C’est notamment ce que permet le statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) adopté par Sindup. Salariés, clients et utilisateurs, producteurs d’informations, partenaires et contributeurs peuvent y être représentés au sein de différents collèges et participer à la gouvernance du projet.
Le client n’est donc plus nécessairement cantonné au rôle d’utilisateur d’une solution conçue ailleurs. S’il le souhaite, il peut également devenir sociétaire, contribuer au financement du projet et participer à sa trajectoire.
Passer du client au sociétaire
Ce changement modifie aussi la relation entre une organisation et son fournisseur numérique. Dans le modèle SaaS traditionnel, le dialogue existe déjà : les utilisateurs remontent leurs besoins, participent à des clubs clients, testent des fonctionnalités et contribuent ainsi indirectement à l’évolution du produit.
Mais les décisions stratégiques appartiennent à l’entreprise éditrice. Devenir sociétaire ajoute une autre dimension, celle de la gouvernance, en permettant aux parties prenantes de participer à la structure qui porte la solution et non plus seulement de formuler des demandes à son fournisseur.
Les grandes orientations peuvent ainsi être discutées dans un espace commun réunissant plusieurs catégories de parties prenantes. Le passage en SCIC conduit d’ailleurs Sindup à présenter plus largement son activité au conseil d’administration et à soumettre les grandes décisions au vote.
Il ne s’agit donc pas seulement de mutualiser des coûts. Il s’agit aussi de créer les conditions permettant de mutualiser une partie des décisions, tout en laissant à chaque organisation la liberté de construire ses propres usages sur ce socle commun.
Partager la valeur créée
La question devient d’autant plus importante avec l’intelligence artificielle. Lorsque les gains de productivité permettent de développer plus rapidement, d’automatiser certaines tâches ou de réduire le coût de certaines briques techniques, une question se pose naturellement : où va la valeur ainsi créée ?
Dans une entreprise classique, elle peut notamment accroître la rentabilité de l’éditeur ou contribuer à la valorisation de son capital. La logique coopérative est différente : dans le modèle retenu par Sindup, les dividendes ont été exclus et il n’y a pas de plus-value de cession, ce qui oriente les investissements vers le développement et la pérennité du projet.
Le MAKE TOGETHER ne consiste donc pas uniquement à partager l’effort de développement. Il invite également à s’interroger sur la manière dont la valeur créée peut être réinvestie au service de l’écosystème qui y contribue et qui en dépend.
Et l’open source dans tout cela ?
La comparaison vient naturellement, car l’open source constitue depuis longtemps une manière efficace de mutualiser des développements. Un même code peut être utilisé, étudié, enrichi et redistribué selon les conditions prévues par sa licence, ce qui permet de partager des briques technologiques entre de nombreux acteurs.
Mais l’ouverture du code et l’ouverture de la gouvernance sont deux choses différentes. Une solution peut être open source tout en étant portée par une entreprise dont les clients n’ont aucune participation au capital ni aux décisions, tandis qu’une SCIC permet précisément d’organiser la participation des différentes parties prenantes à la structure elle-même.
Il ne s’agit donc pas seulement de partager du code, mais potentiellement de partager la gouvernance, l’investissement et la feuille de route. Les deux modèles ne s’opposent d’ailleurs pas : ils peuvent se compléter, l’un organisant les droits attachés au logiciel, l’autre les relations entre les acteurs qui le font vivre.
La souveraineté ne se limite pas à la technologie
Choisir un hébergement européen, maîtriser la localisation des données, sélectionner ses modèles d’IA ou prévoir des mécanismes de réversibilité sont autant d’éléments essentiels d’une stratégie de souveraineté numérique. Mais ils ne sont pas sécurisés pour autant, car la souveraineté concerne aussi les conditions dans lesquelles les décisions sont prises.
Qui choisira demain le modèle économique de la solution ? Qui arbitrera sa feuille de route, ses investissements et ses choix stratégiques ? Que deviendra le service en cas de rachat de son éditeur, et les utilisateurs conserveront-ils une capacité à influencer la trajectoire d’un outil intégré à leur activité ?
En protégeant la structure contre une prise de contrôle extérieure et en organisant la représentation de plusieurs catégories de parties prenantes, la SCIC ajoute ainsi une dimension organisationnelle et économique à la souveraineté technologique.
Une démarche collective avant tout
Comme pour beaucoup de transformations liées à l’intelligence artificielle, la technologie ne représente finalement qu’une partie de l’équation. Le MAKE TOGETHER repose avant tout sur la capacité d’organisations ayant des problématiques communes à identifier ce qu’elles souhaitent mutualiser, à partager une partie de leurs expériences et à définir ensemble les règles de fonctionnement du collectif.
Tout n’a naturellement pas vocation à être mis en commun. Chaque entreprise conservera ses données sensibles, ses processus métiers, ses avantages concurrentiels, ses interfaces spécifiques et les développements qui constituent sa singularité.
L’enjeu consiste plutôt à identifier les briques pour lesquelles coopérer coûte moins cher et produit davantage de valeur que travailler chacun dans son couloir. Plus le socle est robuste, partagé et interopérable, plus chaque acteur peut ensuite concentrer ses ressources sur la personnalisation, l’intégration à son propre environnement et la qualité de l’expérience proposée à ses utilisateurs.
C’est dans cet espace que la SCIC peut jouer son rôle : fournir un cadre de confiance permettant à des acteurs différents de mener ensemble des projets qu’aucun n’aurait nécessairement intérêt à porter seul.
C’est cette voie que Sindup ouvre aujourd’hui à ses clients, partenaires et contributeurs à travers sa transformation en SCIC.
